Le sanatorium d' Hendaye

Le 13 juin 1899, pour l’arrivée du premier convoi de 26 petits Parisiens qui marquait l’ouverture effective du sanatorium de Hendaye, il avait été prévu que le personnel médical serait composé d’un médecin-chef assisté de deux internes en médecine.
Avant de choisir Hendaye, l’Assistance publique de Paris avait prospecté depuis 1892 toute la côte atlantique depuis Arcachon et avait essuyé les refus catégoriques des communes d’Arcachon, de Capbreton, du Boucau, d’Anglet, de Biarritz et de Saint-Jean-de-Luz. Toutes, de manière plus au moins diplomatique, avaient argué de leur répugnance à favoriser l’installation sur leur territoire d’un «foyer permanent de maladies contagieuses à cause de terreurs et d’éloignement pour leur clientèle française et espagnole et de ruines pour leur pays ». Saint-Jean-de-Luz, dont le casino situé en plein centre ville était alors vacant, voyait son attitude de refus particulièrement fustigée dans la mesure où son maire, Albert Goyheneche était médecin. 
C’est ainsi que la commission parisienne se résolut à pousser plus au sud, vers Urrugne, ses recherches. Il se trouve que ce faisant, l’Assistance publique de Paris entrait dans un différend territorial majeur qui depuis près de 30 ans, opposait Urrugne à Hendaye à propos de l’annexion, au profit de cette dernière, des quartiers de Santiago, près de la frontière, et de Subernoa, celui-là même qui composé de terres arables et de landes appartenant aux deux tiers au domaine du Château d’Abbadie, verra s’installer le Sanatorium.

Sachant dès 1884, la partie perdue, Urrugne ne pouvait mieux faire, avant de se voir retirer ces espaces forts éloignés de son centre, que d’en vendre pour 26 000 F une portion à l’Assistance publique de Paris. Et, c’est certainement très satisfaite de cette affaire que la commune signa le 13 juillet 1895, l’acte de vente. Il était temps puisque le 14 octobre 1896, Félix Faure alors Président de la République et Louis Barthou, ministre de l’Intérieur, député d’Oloron-Sainte-Marie, signaient le décret présidentiel d’annexion définitive.
Hendaye pour sa part ne pouvait que se féliciter de l’arrivée providentielle de cet établissement humanitaire avec cette annexion. La situation de la ville n’était pas comparable à ses voisines de la côte. Son centre se trouvait à près de trois kilomètres du site retenu pour le sanatorium et la station d’Hendaye-Plage n’était pas encore parvenue à s’imposer. Enfin, l’hôpital qui devait être situé à une extrémité de la plage, loin du casino, ne pouvait pas inquiéter les trop rares touristes souhaitant profiter des bains de mer. Mais, par-dessus tout, Hendaye était républicaine et fière de ses convictions.
L’arrivée de l’Assistance publique de Paris, l’installation « d’un grand sanatorium marin... au profit de ses enfants pauvres » ne pouvait qu’emporter son adhésion enthousiaste. N’était-elle pas en outre source de richesses nouvelles : dans un premier temps, grâce à l’important marché des travaux de construction dont le montant total de près de 600000 F revint pour une large part aux entrepreneurs locaux ; dans un deuxième temps, grâce aux nombreux emplois salariés féminins dont la plupart furent occupés par des habitantes de la commune.
L’élection municipale de 1896 consécutive à l’annexion qui vit l’entrée au conseil municipal du Dr Ferdinand Camino (1853-1933) et de Louis Adamski  (1866-1951) appelés à devenir respectivement le médecin-chef et l’architecte du Sanatorium confirme s’il en était besoin le soutien total de la ville à ce projet.
Trente ans plus tard alors qu’Hendaye-Plage se trouve au zénith de ses activités balnéaires et mondaines, une plaquette publiée parle Syndicat d’initiative juge pourtant nécessaire de préciser à propos de l’Asile : « Cet établissement, très bien tenu, ne reçoit pas de contagieux, en particulier pas de tuberculeux ; malgré le nom de sanatorium donné couramment à l’Asile de la ville de Paris il ne s’agit pas de sanatorium, mais de préventorium marin et il n’y a rien à craindre pour les habitants ni les baigneurs.

Le sanatorium de Hendaye est destiné uniquement aux petitsParisiens pauvres de 2 à 15 ans également choisis entre filles et garçons pour un séjour de six mois. 
Sur 100 enfants on recense :6 % de convalescents d’affections aiguës ; 23 % d’anémiques ; 5% de scoliotiques également anémiques ; 21 % de rachitiques ; 40% de scrofuleux et de tuberculeux ganglionnaires ou pulmonaires dont 4 % seulement sont bacillaires (contagieux) et 5 % d’enfants« qui n’ont rien du tout » pour lesquels l’auteur indique : « Il y a en effet un certain nombre de familles qui savent exploiter l’Assistance » ...
« Chaque fin de mois arrive un convoi de 30 enfants en moyenne et il ramène à Paris 30 enfants guéris ou améliorés. Il y a donc un roulement de 360 enfants par an ». Rythmés par les repas, les bains, les longues séances de jeux sur la plage ou sous les préaux et d’un peu d’instruction dispensée dans deux classes de 25 places chacune, les enfants profitent certainement du grand air sans toutefois éviter les inconvénients d’une vie en collectivité fermée.

Mais le plus étonnant est de lire, que le bénéfice que retirent les enfants de leur séjour semble toujours et avant tout lié au génie des lieux: « Dans la quasi-totalité des cas »  «l’aspect, la « mine » des enfants sont transformés par leur séjour à Hendaye. Est-ce l’ambiance de la maison, le seul changement de climat, le climat propre ? Nous n’affirmerons rien, mais les faits sont patents ». 

Aujourd'hui l'Hôpital Marin est spécialisé dans la prise en charge de patients adultes lourdement handicapés et porteurs de maladies rares neurologiques et endocrinologiques.

Sources : Oroitza "Cercle de recherche de l’histoire d’Hendaye"
 www.oroitza-histoire-d-hendaye.fr

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