Le village de Villefranque - Millafranga

En Labourd surplombant la vallée de la Nive Villefranque a pour nom basque Milafranga, qui en réalité vient du gascon " bièla franca " et signife « ville franche ». Son  nom originel était St Martin de Bazter ou Basters (1200), ce qui signifie "écart" en basque. Par la suite, la ville fusionna temporairement  avec  St  Pierre d’Irube ;  la  Commune  fut  alors  rebaptisée  "Tricolore",  lors  de  la  Révolution.
À l'époque féodale, la création d'une ville sur son domaine était le moyen, pour un seigneur, de générer une activité économique (commerce et artisanat) plus lucrative fiscalement que le travail de la terre. La plupart des villes ou villages de France portant des noms comme Villeneuve, Villenouvelle ou Neuville, datent de cette époque. Dans certains cas, les villes fondées proposaient des exonérations fiscales à ceux qui venaient s'y installer. L'activité économique générée rapportait des revenus indirects tout aussi lucratifs (voire plus) que les taxes. C'est l'origine des villes s'appelant Villefranche, Villefranque ou Francheville (franc signifiant à l'époque libre, gratuit).




" Parti au 1 d'or au lion tenant de sa dextre un dard péri en barre le tout de gueules et posé en pointe ; au 2 d'azur à une fleur de lys d'or posée aussi en pointe ; sur la partition un chêne arraché de sinople et une croix latine d'argent issante de l'arbre "

Ces armes apparaissent sur le mur de la mairie. Elles furent sculptées en 1956 lors du centenaire de la mairie, mais on n'en connaît ni l'historique, ni la symbolique.
Villefranque se nommait Saint Martin de Baster en 1200, du nom de la maison noble du même nom dont elle était la chapelle. Villefranque (le nom apparaît en 1501) est issu du gascon " bielle franque ", définissant ainsi ce qui fut sans doute une sauveté, comme le fut Bassussarry de l'autre côté de la Nive.
Aux " Barthes du Quartier Bas ", aux portes de Bayonne, se trouvait un port (on remontait la Nive jusqu'à Cambo). Comme dans tous les ports, l'activité était intense autour des bateliers, des marchands ou des artisans comme le laisse penser les armoiries corporatives de la maison Anxuberro.
Dans ce quartier portuaire, on trouvait aussi des salines de sel gemme, l'exploitation cessera à la fin de la première guerre mondiale ; les galeries d'exploitation descendaient à 40 mètres.
La paroisse possédait plusieurs maisons nobles. Errabiola, citée en 1200, mais dont on ne connaît rien. Donamarte (Saint Martin), très proche de l'église dont elle était titulaire, est citée en 1122, elle donnera son nom primitif au hameau. En 1675, Suzanne de Saint Martin, fille de Saint Martin et de Hélène de Luro de Cambo, épouse Sébastien de Aguerre, héritier de Agerria, maison noble de Hasparren.
Miotz, maison noble citée en 1198. Surplombant le port (comme Sainte Marie), cette seigneurie passe, sans doute par acquisition, aux seigneurs de Sault de Hasparren vers 1300. Elle restera dans les biens de la branche aînée des Sault. En 1581, Tristan de Montréal, seigneur de Sault et de Miotz, vend la seigneurie à Adam de Larralde de Villefranque. C'est au château de Miotz le jour de la Saint Barthélémy en 1343, que Pés de Poyane, maire de Bayonne, fit saisir cinq nobles labourdins pour les noyer au pont de Proudines. La réaction des Labourdins sera sanglante : meurtres et incendies se succèdent à l'encontre des Bayonnais qui n'osent plus sortir de la ville. Le calme reviendra après l'éloignement de Pés de Poyane par le roi d'Angleterre. L'actuel château de Miotz (l'ancien a disparu depuis longtemps) et sa chapelle furent construits au XIX° siècle par les Arcangues. Michel d'Arcangues y mourra en 1980.
Sainte Marie, cette maison noble, citée en 1615, fut acquise en 1664 par Charles de Larralde, fils cadet d'Adam de Larralde. Mort sans postérité vers 1684, Charles de Larralde dotera son filleul (autre Charles de Larralde) et Sainte Marie rejoindra les biens de la branche aînée des Larralde.
Larraldea, maison noble citée en 1615. Le château de Larraldea fut élevé au XVI° ou XVII° siècle. Les Larralde seront lieutenants du roi et militaires ; on a vu qu'ils avaient acquis Miotz en 1581 et Santa Marie en 1664. Arnaud de Larralde fut assassiné devant son château de Villefranque en 1675 par des marins de Saint Jean de Luz. En 1701, Jean de Vergès d'Urt, capitaine d'infanterie, devient seigneur de Larraldea, Miotz et Sainte Marie, après son mariage avec Marthe de Larralde, héritière des biens des Larralde, après le décès sans postérité de son frère Charles. Leur fille Jeanne épousera Jean Baptiste Van Oosterom, bourgeois bayonnais.
Une branche cadette des Larralde s'implantera en Cize. César de Larralde, autre fils cadet d'Adam de Larralde, militaire dans les armées royales. Il épouse Gratianne de Murulu (en Ostabarret). Sans doute par acquisition, il est seigneur de Harrietta, maison noble de Saint Jean le Vieux. Cette terre sera érigée en baronnie en 1691, au bénéfice de son fils Sauveur de Larralde.
L'église est du XVII° siècle, elle est consacrée à Saint Bartélémy. Une autre église fut bâtie au début du XX° siècle, par des particuliers de la maison Petit Bercail. Les autorités ecclésiastiques souhaitaient en faire l'église paroissiale. Mais les paroissiens n'acceptèrent pas de quitter leur vieille église et le nouvel édifice fut démoli en 1968.
Villefranque est aussi le village de Mgr. Saint Pierre (1884-1951), écrivain basque, missionnaire à Hasparren, professeur de théologie, évêque de Carthage en 1930 ; malade, il se retire à Villefranque en 1937. Il est enterré sous le porche de l'église ; le monument funéraire qui porte ses armoiries, fut réalisé d'après un projet de Philippe Veyrin.
Dans les armes communales de Villefranque, avec les armes du Labourd, la présence d'une croix latine issante d'un chêne qui est une caractéristique d'armes ecclésiastiques, interpelle quelque peu. Elles auraient pu être celles de Mgr. Saint Pierre, mais les armes du prélat, qui figurent sur le monument funéraire sont différentes. On en est réduit aux hypothèses ; s'agit-il d'un hommage public rendu à Mgr. Saint Pierre lors des festivités du centenaire de la mairie en 1956 ? L'évêque était alors décédé depuis cinq ans.

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