Les inventaires des églises au Pays basque en 1906


Le 9 décembre 1905, après de nombreux débats à la Chambre des Députés et au Sénat français, était adoptée la loi de Séparation des Églises et de l’État, conçue, pour les uns, comme un instrument de sécularisation définitive de l’Etat, et considérée par d’autres comme un instrument de persécution de l’Eglise catholique au premier chef. Ce vote marquait l’achèvement d’une politique de laïcisation menée en France depuis les années 1880.
La loi de 1905 mettait fin au régime concordataire, établi en 1801 par Napoléon Bonaparte et la papauté. Selon le Concordat, les membres des Églises catholiques, protestantes et israélites étaient payés par l’État et les nominations, bilatérales ; par ailleurs, le catéchisme était enseigné à l’école. Les édifices du culte, propriétés de l’État et des communes étaient mis à la disposition des Églises qui, par l’intermédiaire des fabriques catholiques ou des conseils presbytéraux en assuraient la gestion.

Pourtant, l’opposition entre les républicains et l’Église catholique s’était amplifiée tout au long du XIXème siècle : la République reprochait à l’institution de maintenir les populations dans l’obscurantisme et de vouloir le retour de la monarchie. La fin du siècle fut une période de sécularisation accélérée par le vote de plusieurs lois (laïcité de l’école en 1882, retrait des insignes religieux dans les écoles publiques et les tribunaux dès 1883, associations en 1901, dissolution des congrégations enseignantes en 1904)... Le Ralliement au régime républicain de l’Église, sous le pontificat de Léon XIII, à partir de 1890, vint momentanément apaiser les tensions. Cependant, l’affaire Dreyfus, qui éclata en 1898, révéla le soutien massif de la société catholique (prêtres, presse, fidèles...) aux forces conservatrices et ranima le combat.
Les élections de 1902 portèrent au pouvoir le Bloc des Gauches : le président du Conseil Émile Combes fit de la lutte contre l’Église catholique et le cléricalisme une de ses priorités. Le conflit né de cette crise secoua gravement la société française du début du XXème siècle.
La loi de 1905 affirme la neutralité de l’État. Elle assure que la République garantit "la liberté des cultes" mais ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne plus aucun d’entre eux. Des indemnités et pensions sont cependant promises aux ministres des cultes. La croyance en Dieu, l’appartenance confessionnelle et l’exercice des cultes sont dorénavant réservés à la sphère privée, de même que l’enseignement religieux, dispensé pour les élèves de l’école publique en dehors des heures de classe. Les sonneries des cloches, les cérémonies, les processions et autres manifestations extérieures des cultes deviennent soumises à l’accord des autorités locales, maires ou préfets. En conséquence de cette loi, on verra la création d’associations culturelles, mieux contrôlées par l’État.

Les biens immobiliers et mobiliers gérés auparavant par l’Eglise devaient être inventoriés ; les agents de l’administration des domaines furent chargés des opérations. C’est autour de ces inventaires, perçus par l’Église comme une mesure de suspicion et de spoliation, que se noua l’affrontement entre le gouvernement et sa majorité parlementaire, et les forces catholiques. En effet, les premiers inventaires, en février 1906, coïncidèrent avec la condamnation de la Séparation par l’encyclique Vehementer nos du Pape Pie X.
Ainsi, après les différents heurts engendrés par l’application de cette loi du 9 décembre 1905, une nouvelle organisation se met en place, avec notamment la création d’associations cultuelles, dépendantes de l'Evêché et constituées par les fidèles, afin de gérer les églises et les biens qui permettent le culte.

La géographie de la résistance aux opérations recoupe la géographie religieuse et conservatrice de l’Hexagone du début du XXème siècle. Ainsi, les incidents les plus graves, mués souvent en véritables émeutes, éclatèrent dans l’Ouest (Normandie, Bretagne, Pays de Loire), sur un vaste arc au nord de Paris (Picardie, Artois, Flandre, Champagne, Lorraine) et dans la capitale elle-même ; enfin au Sud, du Pays Basque aux marges méridionales du Massif Central. Les provinces basques furent ainsi, parmi d’autres, le théâtre d’une résistance vive, parfois violente, aux inventaires.
Le Pays Basque nord se caractérise, en 1905, par une très forte pratique religieuse et par un comportement électoral très conservateur. Depuis la période révolutionnaire, et les années 1793-1794 en particulier, le Pays Basque intérieur était réfractaire à la politique de sécularisation et à l’idée républicaine même.


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