Les armoiries de la ville de Bayonne

" De gueules à la tour crénelée d'or , ouverte ajourée et maçonnée de sable , posée sur une mer au naturel chargée d'ondes d'or, surmontée d'une fleur de lys du même, accostée par deux lions affrontés d'or chacun d'eux brochant sur le fût de deux chênes de sinople englantés d'or "

Sa situation exceptionnelle sur le confluent de l'Adour et de la Nive explique à elle seule la fabuleuse histoire de Bayonne. Avec ces deux fleuves, l'antique cité romaine, se trouve naturellement en relation avec la Gascogne au nord, les Pyrénées à l'est, le Pays de Labourd et les vallées navarraises au sud, et ce à une époque où, en l'absence de routes, le réseau fluvial est l'élément essentiel pour les échanges commerciaux. L'Adour est navigable jusqu'à Saint Sever, sur son affluent la Midouze, on peut remonter jusqu'à Mont de Marsan ; sur les Gaves, autres affluents, on rallie Peyrehorade. La Bidouze, est navigable jusqu'à Came, la Joyeuse, jusqu'à Labastide Clairence et la Nive se remonte jusqu'à Cambo. L'embouchure de l'Adour était à Capbreton; la prospérité du port de Bayonne était liée aux caprices du fleuve qui, au XV° siècle, verra subitement son cours se modifier pour se jeter à Vieux Boucau, avec pour conséquence un ensablement progressif du lit du fleuve. L'activité portuaire déclinera de façon dramatique ; les ports de la côte, Saint Jean de Luz et Hendaye en bénéficieront. Il faudra attendre 1578 et les travaux de Louis de Foix, pour que le Boucau-Neuf soit ouvert.
Le vicomte de Labourd, Fortum Sanche, restitue en 1059 la cathédrale Saint Marie à Raymond le Jeune, évêque de Bayonne ; il lui cède en outre la moitié de la ville. Les seigneurs labourdins, profitant de la fuite des membres du clergé devant les Normands, s'étaient appropriés les biens ecclésiastiques vacants et les revenus des dîmes. C'est lors d'une invasion normande vers 892, que Saint Léon, fondateur présumé du siège épiscopal de Bayonne fut décapité. D'autres donations vinrent enrichir considérablement le temporel de l'Eglise Sainte Marie, partagé entre l'évêque et les chanoines du chapitre.
A propos des noms de Bayonne et Lapurdum, certains auteurs pensent que vers 1100, le nom de Bayonne remplace celui de Lapurdum ; opinion que ne partagent pas E. Goyenetche et Belasque. Dans le Livre d'Or de Bayonne, il est incontestable que Lapurdum et Bayonne cohabitent dès l'origine. Bayonne, à une ou deux exceptions près, est toujours utilisé pour désigner l'évêché, le chapitre ou la cathédrale Saint Marie, c'est à dire l'urbain. Le vicomte est désigné indifféremment de Bayonne ou de Labourd. Le titre de vicomte de Bayonne, se transforme définitivement en vicomte de Labourd, après la séparation politique des deux entités décidée par Richard Cœur de Lion en 1170. Postérieurement à cette date, le Labourd (ou Lapurdum) désignera vraiment le territoire physique et politique de la province ; Bayonne définira l'entité citadine.
On attribue généralement à Raymond de Martres la construction des enceintes du Bourg Neuf. Guillaume Raymond de Sault, vicomte du Labourd, édifie le Château Vieux, les tours de Sault et des Menons qui barraient la Nive en amont, au pont du Génie. La tour de Saint Esprit sur le Réduit, celle du Nard vers les Allées Paulmy, qui contrôlait les anciens marécages et le port du Verger du Nouveau Bayonne. Au gré des guerres, la place forte, ultime rempart face à l'Espagne, verra ses fortifications étendues, détruites, reconstruites ; elles furent en chantier permanent pendant des siècles ; il est évident que pour conserver leur efficacité, elles étaient tenues de s'adapter aux progrès de l'artillerie. Ainsi, au fil des aménagements, les remparts médiévaux tout en hauteur, s'effaceront devant les fortifications rasantes, plus basses mais surtout talutées de terre à l'arrière, pour résister aux tirs tendus de l'artillerie.
Richard Cœur de Lion, troisième fils d'Aliénor d'Aquitaine et de Henri Plantagenet roi d'Angleterre depuis 1154, est investi du duché d'Aquitaine en 1169 ; il recevra l'hommage des seigneurs labourdins en 1170 à Bayonne et en 1190, il sépare Bayonne du Labourd . Il rachète en 1194 les droits du vicomte de Labourd, qui sera désormais administré par des baillis, nommés par ses soins.
C'est Jean sans Terre, frère de Richard et nouveau duc d'Aquitaine, qui en 1215, dote Bayonne d'une charte communale originale, lui conférant franchises et capacité juridictionnelle ; une coutume propre complétera ces dispositions en 1273.
Avec l'assentiment du roi d'Angleterre, Bayonne exercera une hégémonie totale sur toute l'économie du Labourd et sur les pays de Gosse, de Maremne et du Seignanx. Tous les échanges (chargement et déchargement) de marchandises devaient avoir lieu sur les quais de Bayonne, tous les produits de la pêche fluviale du Bec de Gave à Capbreton, devaient être acheminés sur Bayonne. On a vu que les pêcheurs de baleine de Biarritz, approvisionnaient le commerce bayonnais. Outre la production agricole, les Bayonnais entendaient également contrôler les terres de pacage d'Anglet et les forêts labourdines si essentielles à la construction navale.
Dès 1130, Bayonne était dotée de chantiers de construction maritime, situés sur l'Adour et la Nive, qui assurèrent la prospérité de la commune. C'est grâce à ses navires et à ses marins, que Bayonne bénéficiait de toutes les libéralités de la part du roi d'Angleterre. Le souverain y faisait construire ses nefs. Les bâtiments et les marins bayonnais, participaient sans rechigner à tous les combats auprès du roi d'Angleterre. Au Moyen Age, marine marchande et militaire se confondaient ; pinasses, baleinières et galupes pouvaient être rapidement armées. Bayonne était la seule marine de guerre dans le golfe de Gascogne, Bordeaux n'avait pas de flotte.
Signe de grande prospérité, on commence la construction de la cathédrale gothique de Sainte Marie au XIII° siècle, à l'emplacement de l'église romane du XII° détruite par un incendie ; les Labourdins apportent leur contribution financière et manuelle à cette grande aventure humaine qui durera plusieurs siècles, entrecoupée de plusieurs incendies. La tour sud était arrêtée à la base de la flèche en 1544 ; elle sera terminée en 1872. En 1877, la tour nord se dressait enfin.
Les relations entre les Bayonnais et les turbulents Labourdins furent toujours très tendues. Bayonne, malgré les franchises dont devaient bénéficier les Labourdins, imposait les marchandises qui leur étaient destinées. En 1343, le maire de Bayonne, Pé de Poyane, fait mettre à mort cinq nobles labourdins. La réaction des Labourdins fut à la hauteur de l'événement; ils organisent le blocus de la ville, ravagent les possessions extérieures des Bayonnais, massacrent tous ceux qui s'aventurent hors de la ville, n'hésitant même pas à mener des incursions à l'intérieur des murs. Le duc d'Aquitaine intervient pour condamner les Bayonnais ; ils furent condamnés à payer aux Labourdins 1500 écus d'or, et les franchises des Labourdins furent reconnues et confirmées. Bayonne ayant fait appel de ce jugement, les choses traîneront en longueur ; les gens du Labourd menacent alors de reprendre les armes. Le Prince Noir rend une sentence en 1357, qui reconnaît la culpabilité des Bayonnais et confirme aux Labourdins, la franchise sur les vivres nécessaires à leur consommation ; le reste étant taxé.
Au XVI° siècle, les Gramont qui sont maires héréditaires de Bayonne, seront secondés dans leur tâche par de brillants lieutenants de maire, Saubat de Sorhaindo et Johan de Sorhaindo ; la fonction de clerc de ville fut pleinement accomplie par Jehan de Prat, mais le Corps de Ville ne renonçait pas pour autant à sa politique protectionniste et dominatrice. En 1601, un nouveau conflit surgit avec les gens de Capbreton, profitant de la décadence du port de Bayonne, ils entendaient construire un port chez eux ; les Bayonnais se rendirent à Capbreton pour démolir les travaux entrepris. En 1602, les Bayonnais se rendront aussi à Saint Jean le Vieux (ancien nom de Mouguerre) incendier une maison qui se livrait au commerce du vin " …à une grande lieue plus haut de Bayonne " sans doute à Urt.
Durant les guerres de Succession d'Espagne (1701-1714) et de Sept Ans (1756-1763), la " guerre de course " sera l'épopée glorieuse des corsaires de Bayonne et de Saint Jean de Luz. En 1747, la marine des deux cités comptait 31 navires et 4900 hommes d'équipage (ce chiffre paraît élevé, on comptait de 20 à 100 hommes d'équipage par navire). La guerre de course était d'un très bon rapport économique, car les équipages et les Corps de Ville se partageaient les prises en mer. Tout le monde y trouvait son compte, car le roi de France en échange demandait aux armateurs de fournir des navires armés à la marine royale. Ainsi, en 1627, Jean Haraneder offre deux navires à Louis XIII; en 1762, une souscription fut ouverte pour offrir à Louis XV une frégate, baptisée " La Bayonnaise "
A partir de 1680, Vauban assèche les fossés, édifie les ouvrages extérieurs aux remparts et construit la Citadelle à Saint Esprit.
Les Capucins apparaissent en 1615 à l'emplacement de l'église de Saint André (construite elle en 1856), les Clarisses émigrent à la place Montaut en 1688, les Ursulines s'implantent en 1623, sur l'actuelle gare à Saint Esprit. Les Allées Boufflers sont construites en 1685, les Allées Marines en 1727, les Allées Paulmy en 1753, l'hôpital actuel voit le jour en 1866, le pont Saint Esprit est refait en pierres en 1845.
Les rapports entre Bayonne et les Juifs portugais installés à Saint Esprit (d'abord autonome, cette bourgade avait été rattachée à Bayonne en 1584) , considérés toujours comme des concurrents, furent souvent conflictuels. Ils furent accusés de vendre à bon marché, en falsifiant les poids et mesures. En 1753, cette communauté sera dotée d'un Règlement, reconnaissant la religion et les usages juifs et d'une représentativité politique ; elle obtiendra également la capacité héraldique. Même en 1787, le bourg de Saint Esprit demandait l'autonomie politique.
En 1720, la population bayonnaise comptait 14000 habitants.
Les armes de Bayonne ont subi bien des variations au cours des siècles. Elles seront adoptées, dans leur forme actuelle, par le conseil municipal en 1919, après des débats très passionnés parmi les érudits bayonnais. Elles sont tirées d'un sceau de 1351 où figure la cathédrale de Bayonne entourée d'une enceinte fortifiée et, sur le contre-sceau, un léopard brochant sur un chêne. La cathédrale se transformera en tour de défense et le léopard d'inspiration anglaise en lions français.

L'écu est surmonté d'une couronne comtale, flanquée de deux bannières où s'inscrit la devise " Nunquan Polluta " (Jamais polluée). La couronne rappellerait le rattachement définitif à la ville de Bayonne, du quartier Saint Esprit initialement rattaché au comté d'Albret. Saint Esprit fut acheté le 13 décembre 1584, à Henri III de Navarre, futur Henri IV, également comte d'Albret.

La tour rappelle la place fortifiée et c'est sans doute au XV° siècle, à la fin de la guerre de Cent Ans, qu'apparaissent la fleur de lys et les lions rampants à la place du léopard. La fleur de lys n'est pas une quelconque concession royale, mais elle évoque plus sûrement la Vierge Marie, patronne de la cathédrale.

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