La contrebande

En 1717, le déplacement des douanes espagnoles de l'Èbre à la frontière politique, marqua la franchise dont jouissaient les Basques en vertu de leurs fueros.
Ceux-ci éludèrent alors souvent le poids de l'impôt en recourant à la contrebande.
Les marchandises les plus variées passèrent ainsi la frontière à l'insu des douaniers : vin, tabac, sucre, café, chocolat, mais aussi chevaux et bétail.

La contrebande par terre est hérissée de dangers de toutes sortes. Les troupes de contrebandiers se composent ordinairement de dix à douze hommes, tous jeunes gens de 20 à 25 ans, au jarret d’acier et d’une endurance à toute épreuve. Placés en file indienne, et précédés d’éclaireurs connaissant à fond les moindres plis du terrain, ils chemines silencieusement, à la faveur des nuits obscures, et parcourent de grandes distances, par les sentiers les plus ardus de la montagne, avec un ballot sur les épaules. Au moindre soupçon de rencontre, les éclaireurs poussent le cri d’alarme. Quelquefois, un rocher, une embuscade quelconque, surplombant le sentier qu’ils parcourent, s’illumine soudain d’une double rangée d’eclairs, et une grêle de projectiles douaniers vient siffler au-dessus des expéditionnaires. C’est un poste inconnu de carabineros, placé là à la suite d’une dénonciation.
Les porteurs ne bronchent pas. En un clin d’oeil, ils ont disparu dans la montagne avec leurs ballots, pour se retrouver plus loin à un point donné. 

Les expéditions par voie d’eau sont tout aussi périlleuses. En pareil cas, c’est un canot à plats bords qui glisse comme un poisson sur les eaux de la Bidassoa. La nuit est très sombre. C’est à peine si les rameurs silencieux aperçoivent l’extrémité de leurs rames. Le plus souvent, l’embarcation accoste à bon port et débarque sa cargaison en bonnes mains. Quelquefois aussi, elle est accueillie, au moment d’accoster, par une décharge partie de la rive voisine. Ce sont les carabineros qui font bonne garde.
Sur la rivière, gardée par des embarcations douanières, on n’est pas davantage à l’abri. Les expéditionnaires y sont quelquefois surpris et forcés de se jeter à la nage, en faisant abandon de leur cargaison. 
Personne à Hendaye n’a oublié l’amusante histoire des trente barils de vin saisis sur la Bidassoa, barils qui furent triomphalement conduits au magasin des douanes, et qui, à l’examen, ne laissèrent couler que… de l’eau pure. Le capitaine d’alors ne s’en est jamais consolé.
Le col d'Ibardin
Les Basques admettent le paiement d’un droit sur un article de commerce qu’ils important, mais ils ne comprennent pas que l’État prélève des taxes exorbitantes sur des vêtements et objets de toilette à leur usage personnel. Dans les Provinces Basques, les familles les plus honorables, les plus fortunées, croient devoir venir revêtir à la frontière les costumes et confections qui leur sont adressés de Paris. Et c’est un spectacle curieux que de voir fréquemment à Hendaye des groupes d’élégantes dames et de charmantes demoiselles arrivant le matin avec des fleurs dans les cheveux, et repartant le soir coiffées de magnifiques chapeaux. C’est un moyen simple, pratique, sans danger, de tourner la loi douanière. Il n’est, en effet, interdit à personne de revêtir un superbe costume ni de coiffer un chapeau fleuri.
Il n’y a pas bien longtemps, une grande famille de Saint-Sébastien avait commandé à Paris de très belles toilettes à l’occasion d’un mariage. La note à payer à la douane devait monter à 4.000 francs. La fiancée et ses amies intimes n’ont pas hésité. Elles sont venues passer une journée à Hendaye dans un landau à quatre chevaux et sont reparties le soir, revêtues de leurs magnifiques atours. Quand le landau s’est arrêté devant la douane, le vérificateur, ébloui, n’a pas pu s’empêcher de s’écrier: “Mais tout cela, Mesdames, est absolument neuf! –Oh! tout ce qu’il y a de plus neuf! on riposté en riant les belles voyageuses; mais voudriez-vous donc, Monsieur, qu’après avoir trouvé toutes ces belles choses à Hendaye, nous revenions chez nous avec des costumes passés de mode? –C’est juste, répondit le vérificateur, navré de voir glisser entre ses mains une recette de 4.000 francs; passez, Mesdames, c’est votre droit!”


Parmi les contrebandiers marins, il faut citer également Arkaitza, tué en pleine rivière par une balle douanière, et le non moins célèbre Joaquín. Ce dernier, surpris en rivière avec un chargement de café et gardé à vue sur un bateau par un carabinero armé jusqu’aux dents, sauta sur son gardien à l’improviste, le désarma, le terrassa, le jeta à l’eau et sauva sa cargaison, qui valait bien 10.000 francs.
Durant la dernière guerre carliste, un véritable combat eut lieu près de notre frontière, entre un groupe de contrebandiers navarrais, qui escortaient un convoi de café et de cacao, et un poste de carabineros commandés par un sergent. Le sergent avait reçu 20 onces d’or pour laisser passer le convoi. Mais au moment du passage dans un lieu désert, et dans l’espoir d’augmenter sa prime, il ordonna sur le convoi une décharge meurtrière. Les contrebandiers, irrités par cet acte de déloyauté, se jetèrent sur les assaillants à l’arme blanche. Une heure après, on retrouvait sur le cadavre du sergent les 20 onces d’or renfermées dans une bourse en soie verte.


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