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La base navale hendayaise

Suite à la multiplication des problèmes et à leur diversification entre riverains de la Bidassoa, le Ministre de la Marine Nationale française et son homologue espagnol affectent des navires à la surveillance du cours d’eau frontalier. Ce sont des bateaux de guerre, convertis en garde-pêche, susceptibles de se déplacer pour des interventions sur la rivière ou en mer. Le plus souvent, justifiant leur appellation, ils se retrouvaient à l’ancre, au milieu du chenal principal de la Bidassoa, comme le navire espagnol ou à quai, pour les Français, à la base navale hendayaise.

Sur des cartes postales anciennes, des petits bateaux de passeurs vont et viennent près d’un bâtiment, « stationné » tout près de la rive espagnole : la canonnière « Mac-Mahon ».



Construite en 1887, son équipage pouvait comprendre 31 hommes ; 2 canons de 42 et un canon de 37 constituaient son armement. Elle faisait partie de l’effectif de la Marine Royale Espagnole qui comptait une trentaine de canonnières légères, dites de seconde classe (moins de 100 tonnes). Après pratiquement l’anéantissement de l’armada espagnole, au cours de la guerre hispano-américaine de 1898, initiée par les Nord-américains pour libérer les Cubains de la tutelle hispanique, le Mac-Mahon est en mission, dans le bassin de la Bidassoa.



Elle consiste à veiller à la bonne application des lois et traités en vigueur sur la pêche, la récolte des coquillages et le transport des biens et des personnes : le commandant de ce navire, en accord avec son homologue français interdit la pêche des huîtres, en 1900, à cause de leur petite taille, dans l’intérêt de leur conservation. Le bateau restera en service jusqu’en 1930.
Côté français, des stationnaires ont croisé le Mac-Mahon.

Notamment, tout d’abord, la chaloupe canonnière « Le Javelot », sortie des chantiers de La Seyne en 1866, fonctionnelle dès l’année suivante. Après 18 années de service, elle est désarmée, appareille de Toulon à Bordeaux, par le Canal du Midi et accoste à la station navale de Hendaye, en mars 1886. « Le Javelot » n’était pas à la pointe de l’armement naval dissuasif, dans la mesure où il était très souvent en panne, apponté près de la voie ferroviaire. D’ailleurs, les Espagnols lui avaient réservé un couplet où il était question de son « état stationnaire » :
"El Javelot es un barco de guerra, anclado en el Bidasoa, con ostras en los pies".





On associe le nom de cette chaloupe à celui de Pierre Loti puisqu’il en a assuré le commandement, à 41 ans, de même que celui de la station navale, du 16 novembre 1891 au 16 juin 1893 puis du 16 mai 1896 au 1er janvier 1898.




Sur la proposition du Ministère de la Marine, le Président de la République, Jules Grévy, enjoignit Pierre Loti de prendre le commandement du « Javelot » qui était, « de toute éternité, en mission dans la Bidassoa. » Les voyageurs qui allaient de Hendaye à Saint-Sébastien se demandaient, au juste, quelle était cette mission, lorsqu’ils voyaient cette embarcation perpétuellement embossée, sous le pont de chemin de fer. Les uns disaient que c’était pour surveiller la côte, les autres pour la contrebande… Certains pensaient que « Le Javelot » était un observatoire commode pour étudier l’âme basque ! Pourvu de ce commandement qui n’exigeait pas une application soutenue ni une attention de tous les instants, Pierre Loti a pu rêver, méditer, écrire, corriger ses épreuves littéraires.









1892 Hendaye Pierre Loti commandant du Javelot, stationnaire de la Bidassoa.









« Le Javelot » sera rayé du ponton de la Bidassoa, en 1901 et démoli, en 1911.










Ensuite, le torpilleur de haute mer « Le Grondeur » remplace la chaloupe canonnière, en mars 1910.



Construit aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, il est mis à flot en février 1892. Long de 45,5 mètres, utilisant 2 chaudières et 2 hélices, le torpilleur a fière allure. C’est le Lieutenant de Vaisseau Bécue qui en assure le commandement de 1911 à 1914.



Mis à disposition de la marine française durant la première guerre mondiale, il se met en évidence par des actions héroïques, notamment en 1917. Il finira comme garde-pêche, à Saint-Jean de Luz en 1924 et 1925, avant d’être démoli en 1926.


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